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 Les billets du jour d'icarrouseljp

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Gy-Maud
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Sam 04 Fév 2017, 07:43

Comme tu sais bien raviver les souvenirs avec une prose délicieuse au goût d'antan ! Ah les mots du dictionnaire, araignée qui tisse sa toile et qui ne vous lâche qu'au son de la voix autoritaire maternelle qui vous rappelle aux devoirs scolaires à terminer avant d'accomplir ceux plus terre à terre de mettre la table.
Oui la librairie de Soulac : vous ne pouvez pas la louper ! Sa façade aux poutres peintes de bleu : une invite à respirer l'odeur des livres neufs à écouter les mots feutrés ... et les bibliothèques quel roman !
Merci Jean Pierre un bonheur à lire ce coin de graphomage.

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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 08 Fév 2017, 09:51

Le billet du jour : 19 avril 2013



Ceci n’est pas une plaque.

Je vous rapporte aujourd’hui une trouvaille tout fraîche qui me semble être bien à sa place dans cette chronique où j’ai fait vœu de m’intéresser à l’insignifiant.

Les nécessités de l’économie domestique poussent quelquefois le salarié à utiliser sa pause méridienne pour s’aventurer dans les boutiques aux fins d’investigation. Ce fut mon cas vendredi dernier ; 19ème jour d’avril de l’année en cours. L’esprit libéré par la satisfaction de la mission accomplie, je cheminais, attentif aux façades, cherchant l’enseigne d’une boulangerie pour trouver au retour une suite à mon sandwich de l’aller.

Sans doute un peu à cause de cette quête et beaucoup à cause du hasard, mes yeux s’élevèrent à 3m au dessus du trottoir sur la tache claire d’une plaque commémorative trouant l’ombre d’un mur. C’était au 52 de la rue de Charenton, dans 12ème arrondissement.
Hormis le contraste, il n’y avait aucune incongruité dans cet assemblage ; je veux dire par là que le caractère de la façade s’y prêtait. De hautes fenêtres dominées à l’étage de linteaux voûtés, protégées en chaussée par des grilles à barreaux et un vaste porche à corniche rehaussaient le simple mur de briques sombres d’un vernis de prestige révolu. Ex-siège d’un centre administratif omnipotent ou d’une activité commerciale jadis florissante ? L’anonymat de la destination actuelle ne donnait aucune indication, mais, que l’histoire se fut arrêtée ici un jour, ce n’était pas choquant.
Mon regard curieux se mit en devoir de déchiffrer ce qui avait été gravé dans le marbre. La première ligne portait une date « 17 avril 1967 », la suite était édifiante : « ici il ne s’est rien passé. ». Le résultat fut immédiat : j’éclatai d’un rire jubilatoire, ravi du canular et sortis mon téléphone pour photographier cette heureuse trouvaille.


Chemin faisant, le doute reprit ses droits et, à force de tourner la phrase dans tous ses sens, j’en arrivai à me convaincre que le 17 avril 1967, il s’était peut-être produit un de ces évènements sur lesquels la mémoire collective jette ensuite un voile pudique, un acte monstrueux découlant de la somme de nos petites chroniques de la lâcheté ordinaire et dont les habitants du lieu avaient voulu rejeter l’opprobre en écrivant haut et clair « Pas nous ! Pas nous ! ».
Décidé à découvrir quel genre de poussière on avait glissé sous le tapis j’interrogeai Google. Rien. Le 17 avril 1967 semble avoir été une journée creuse entre toutes, incapable, en tous points, d’intéresser le plus puissant des moteurs de recherche.
Par contre, je découvris, sur un blog, un article fort complet et documenté d’un Monsieur Jean-Pierre Le Goff qui me fit comprendre que ma trouvaille n’avait rien d’unique. Ma plaque du 17 avril 1967 n’était que la sœur jumelle d’une fratrie multiple déjà inventoriée, cette fratrie avait elle-même des cousins, ceux du 19 décembre 1953, tout aussi creux. Cette famille cohabitait déjà sur les murs de la capitale avec deux autres, qui, soit célébrait des personnages fictifs, soit placardait à l’admiration des badauds l’insignifiance du quotidien.
J’avais donc buté, moi aussi, sur un des affleurements de tout un réseau de fausses plaques, récent, énigmatique, non revendiqué, et dont les auteurs et leur motivation ne sont connus à ce jour que par les interrogations qu’ils suscitent.

Pléthore d’hypothèses n’a jamais nuit : je me permets donc d’en formuler une de plus.
Je verrais bien dans ces auteurs une tribu de collégiens en mal de ‘pataphysique, déterminés à plagier sur le mode commémoratif la théorie du peintre René Magritte sur « La trahison des images » et remplacer son célèbre tableau « Ceci n’est pas une pipe » par « Ceci n’est pas une plaque ».

Quant au canular, il est drôle quand il est original. Le multiplier c’est en alourdir le trait et lui faire perdre son attrait.





Il y a eu une petite suite à cette histoire. J'ai laissé un message sur le blog de M. Jean-Pierre Le Goff pour lui rapporter ma trouvaille et lui faire part de mon hypothèse sur les auteurs.
Voici le message que je reçus en réponse de la part de l'hébergeur de ce blog M. Rémi Schulz

Sujet :
Re: Message pour Jean-Pierre Le Goff "Plaque a part"
De :
rémi schulz <remi.schulz@club.fr>
Date :
24/04/2013 07:59
Pour :
JP Champault <champault.jp@wanadoo.fr>

Merci JP,
Je ne manquerai pas de faire part à JP de votre courrier lorsque je serai occulté à mon tour (comme on dit au Collège), car il est décédé en février dernier, non sans avoir été jusqu'au bout de son enquête et rencontré les "serial plaqueurs" (qui désirent rester anonymes).
Fabuleux qu'au moins une plaque soit toujours là.
Incidemment, JP et moi sommes membres du Collège.
Bien à vous,
R


Etonnant non?
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 08 Fév 2017, 10:16

Étonnant ce qu'une petite chose incongrue peu susciter comme interrogation.
Mais je pense que c'est ce que voulaient les auteurs.
Merci de nous faire part de ces trouvailles.
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Gy-Maud
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 08 Fév 2017, 11:23

J'adoooooooooooooooooooooooooooooooooore voilà de quoi faire macérer des idées et des images Merci Jean Pierre !

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MessageSujet: Le billet du jour : 21 mai 2013   Mer 15 Fév 2017, 10:00

Quelques explications avant lecture de ce billet, un peu particulier….
C'est sans doute celui que j'ai eu le plus de plaisir à écrire. Il s'agit d'un pastiche, d'un texte « à la manière de » . De qui ? De Boris Vian.
De 17 à 24 ans, j'ai eu une passion déraisonnable pour cet auteur. L'écume des jours, étudié en 1ère en cours de français, a été pour moi une révélation, une porte dans l'univers de Vian où je me suis engouffré. Je crois pouvoir dire que j'ai tout lu de lui: ses romans, ses nouvelles, son théâtre, ses chansons, ses fausses traductions sulfureuses, jusqu'aux chroniques de jazz qu'il publiait dans la revue du Hot Club de France (où j'ai quand même fini par caler!).
J'ai essayé de mettre dans ce texte tous les ingrédients habituels du style Boris Vian :
- les expressions prises au pied de la lettre
- quelques mots inventés pour la circonstance
- des élucubrations abracadabrantesques scientifiquement bâties
- des objets vivants qui participent aux émotions des personnages
- un penchant pour l'oisiveté et un regard acerbe sur le travail
- etc.
En mai 2013, ce billet est né de la conjonction de 3 événements :
- Le visionnage du film de Michel Gondry « L'écume des jours » (Romain Duris, Audrey Tautou …) qui m'a replongé dans ma passion de jeunesse.
- Mon anniversaire (59 ans) : d'où le titre du billet « L'écume des ans »
- Une lombalgie tenace qui a incarné, à point nommé, cette usure du temps qui nous gouverne.

Bref, j'ai tenté l'humour déjanté sur fond de désespérance…. À vous de juger.

Le billet du jour : 21 mai 2013




L’Écume des Ans. (Petit pastiche au bon souvenir de Boris Vian)

Le comte Pierre-Jean Audubon de Chanteclou dormait du sommeil du juste. Que l’aube à venir se lève sur le premier jour de sa soixantième année ne l’avait pas troublé.

Depuis longtemps déjà son métabolisme s’était adapté aux réveils matinaux. A 5h30, son horloge interne lui intimait de quitter la position latérale de sécurité pour adopter, à plat sur le dos, celle du ronfleur impénitent. A partir de 5h45, son niveau de conscience s’élevait progressivement, imbibant d’abord les régions occipitales puis baignant le lobe temporal gauche. Dès qu’il arrivait à hauteur de l’exutoire du tympan, le conscienciomètre, en alerte sur sa table de chevet, déclenchait la radio. Aussitôt, le flot des mauvaises nouvelles, en se se déversant dans l’oreille, faisait contre-pression. Effrayée par la réalité, la conscience refluait, évitant ainsi l’épanchement.

En aventurant son orteil téméraire sur la toison bouclée du mouton des Carpates qui lui tenait lieu de descente de lit, le comte sut immédiatement qu’elle était revenue. Deux jours déjà qu’il en entendait la rumeur lointaine au fond de son corps. Il avait espéré bêtement qu’elle se tarirait d’elle-même. Il n’en était rien. A la faveur de la nuit, l’Écume des Ans s’était emparée de sa première vertèbre lombaire, à moins que ce ne fût la deuxième, ou encore les deux à la fois. Dès qu'il essayait d'incliner son buste entre 15° et 25° sur la verticale, la bête, impitoyable, lui envoyait la décharge d'une douleur fulgurante qui lui vrillait la moelle épinière jusqu'au bulbe rachidien et le stoppait net.

Le comte était un usurpateur.
Outre son faux titre, qui ne l'épargnait pas de perdre son temps à gagner sa vie, il trichait sur son âge. Il affichait une fausse juvénilité et cachait soigneusement sa carte d'identité, n'ayant jamais réussi à soustraire son acte de naissance à la vigilance de l’État Civil.
Pour l'heure, Pierre-Jean Audubon de Chanteclou, les deux mains appuyées sur le lavabo et le genou fléchi, méditait sombrement. Nonobstant, prétendant humilier le mal en l'ignorant, il décida de boire son jus de citron tiède comme à l'habitude et il s'offrit le luxe d'enfourcher son vélocipédal pour rejoindre son bureau. D'expérience, il avait constaté que le basculement latéral et alternatif du bassin, induit par la pratique de la machine, causait certaines nausées aux douleurs vertébrales accrochées plus haut et leur faisait lâcher prise.

A la première côte, il dut réduire ses ambitions, descendre dans les plateaux, monter dans les pignons et rouler à l'économie. Évitant soigneusement les pavés, épargnant les poules à la couvade et usant de la roue libre jusqu’au moyeu, il finit par arriver aux abords de la Gare de Lyon.

Au tennis, le comte ne s’autorisait que l’usage du coup droit ; par honneur à son rang. C’est ainsi qu’un revers de la vie le désempara. A la suite de cet effet pervers, il s’était résolu à exercer, à la Compagnie, le métier de dresseur de plans.
On l’y employait plus particulièrement aux opérations de mise à jour (*). Quotidiennement, il lui fallait descendre dans les caves de l’établissement, chercher un lot des tubes qui contenaient les précieux parchemins et les remonter à l'air libre. Il devait ensuite, un par un, sortir les calques de leur étui et les exposer, en les déroulant, à la lumière du jour. C'était un travail sans fin, qu'il fallait répéter périodiquement pour empêcher les plans de s'étioler. Certains dessins, dressés sur calque végétal, profitaient de leur nature pour réussir une greffe avec le tube en carton où ils logeaient. Il devait alors couper délicatement au scalpel le pédoncule qui les retenait, tout en luttant contre le rouleau qui se débattait violemment. A cause de la lumière du jour il s'épargnait, du moins en hiver, de travailler trop tôt le matin et trop tard le soir.

Le comte espérait s'absorber assez dans son travail pour écœurer la douleur. Mais, l'Écume des Ans était tenace. Elle semblait même avoir investi la chaise où il lui fallait sans cesse s’asseoir et se relever car celle-ci s’était mise à grincer, atrocement.
Le retour fut un calvaire.
Le fringant vélocipédal, insensiblement, avait fait sa mue. Il s'était alourdi, des garde-boue avaient poussé, devant comme derrière. L’excroissance d’une grosse sonnette à deux tons finissait de lui donner l’air d’une antique békâne. Les pneus avaient enflé et leur caoutchouc collant s'accrochait à l'asphalte, épuisant le comte dans sa progression.
Blême et les cheveux collés sous le casque, Pierre-Jean arriva chez lui, renonça à suspendre sa monture au crochet et fila sous la douche s'abandonner aux apaisements de l'hydrothérapie à haute température. En vain.

Bien que pratiquant le rationalisme comme un mécréant, le comte n’en gardait pas moins une confiance puérile dans les pouvoirs de l’esprit. Il avait pratiqué, six années de rang, les exercices posturaux du Ya-qu’à Yoga et avait conservé de cette époque un goût prononcé pour la relaxation. Il n’avait pourtant jamais réussi, à l’égal de son Maître, à alléger suffisamment son esprit pour léviter, intégralement, au dessus de sa natte. Il décida tout de même, en dernier recours, de confier son dos à la mousse de son tapis et son mental à la conjugaison des énergies.
Après une heure de concentration intense, passée à compter ses os, il se trompa, oublia une retenue et lâcha l’affaire.

L’Écume des Ans, plus que jamais, restait rivée à ses vertèbres : elle le tenait maintenant tout entier à sa merci.

Alors, terrassé, Pierre-Jean Audubon de Chanteclou se coucha et sombra aussitôt dans un sommeil agité.
Il se rêvait nu et grelottant, seul, sur la plage immaculée de ses illusions. Une mer grise et huileuse clapotait à petites vagues, dégorgeant, à chaque ressac, une frange de mousse jaunâtre. Profitant du retrait, les bulles d'écume éclataient avec un petit crépitement sec de fleurs vénéneuses. A leur place, le sable blanc s’imprégnait de marbrures sales.

Sur l'horizon, le ciel, virait au livide.



(*) Petit clin d'oeil autobiographique : pendant 15 ans, j'ai eu la responsabilité de la gestion des 7 ou 8000 plans qui décrivent les 450km de canalisation de la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain et qui circulent, enfouis sous les trottoirs parisiens.
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 15 Fév 2017, 11:41

Voilà encore un billet qui sonne l'humour dont tu as le secret.
De plus ce que tu y décris peut s'adresser à nous tous qui supportons "l'écume des ans".
Merci pour ces moments de sourire.
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Gy-Maud
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Ven 17 Fév 2017, 07:31

Quel régal ! Un jongleur de mots Jean Pierre !! Merci pour ce délicieux billet qui rappelle l'oursin qui se balade sous ma peau entre L1 L2 !

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MessageSujet: Le billet du jour : 17 septembre mai 2013   Mer 22 Fév 2017, 09:43

Le billet du jour : 17 septembre 2013


On n’enferme pas la Liberté.

Le premier épisode de mon histoire a commencé hier au soir.
En franchissant le pont de Bercy dans la rame de la ligne 6, mon regard a été happé par une grosse tache lumineuse, dressée en contre bas sur le trottoir du quai d’Austerlitz. C’est la couleur qui m’a fait sursauter : jaune ! Je connais bien une incongruité chromatique dans les façades qui bordent le quai, mais pas de cette couleur. C’est un vieil immeuble de briques sales, de cinq ou six étages, voué à une démolition prochaine ; les accès en ont été murés avec des parpaings.
Depuis le mois d’octobre dernier, des grapheurs acrobates lui en font voir de toutes les couleurs. Au début le bâtiment s’est mis à saigner du toit, comme s’il avait subit une monstrueuse trépanation. De monumentales dégoulinades vermillon-fluo ont ruisselé, sur 2 ou 3 étages, le long de son pignon et de sa façade tournée vers le quai. Fin Août c’est la totalité du pignon qui a viré à l’écarlate et s’est rehaussé d’enluminures argentées qu’on aurait crues sorties de l’application d’un moine médiéval.


Pour l’heure, c’était la silhouette familière de la statue de la liberté, d’un jaune d’or chaleureux, qui avait investi toute la façade et interloqué mon champ visuel. Triomphant du sang précédemment versé, elle brandissait son flambeau jusqu’aux fenêtres les plus hautes. L’éblouissement fut très bref, à peine le temps de repérer une silhouette suspendue en rappel le long du mur que déjà la rame se réfugiait sous la marquise de la station Quai de la Gare.
Mon petit cœur de reporter en herbe ne fit qu’un tour. Demain je « couvrirai » l’événement ; je le fixerai dans la boite magique de mon appareil photo. Je figerai pour des années, dans les 0 et les 1 du cloud, la Liberté bombée sur la brique bien après la démolition même de son support.

Aujourd’hui donc, à midi, toujours investi de ma noble mission, je renonçai volontairement aux fumets de l’émincé de bœuf aux petits oignons qui rabattait la foule vers le restaurant d’entreprises. J’achetai, à la volée, mon habituel jambon-gruyère et filai, appareil photo en poche, vers le quai d’Austerlitz. Je fis le chemin dans le même état d’esprit, j’imagine, que les abeilles : animé par le merveilleux souvenir du jaune d’or entrevu la veille.
Dé-cep-tion.
A l’approche, je constatai d’abord que la peinture rupestre de mes rêves n’était en fait qu’une gigantesque tenture qu’on avait hissée le long de la façade.
Ensuite, voilà que l’échafaudage lui-même était en cours de démontage. Il ne restait plus que quatre ou cinq mètres de la bannière pour pendouiller encore, agités de soubresauts. La tête de la statue et son auréole de rayons frôlait le sol, encore une minute et la Liberté aurait fini de s’engloutir dans les plis de l’étoffe que cinq adeptes de l’art éphémère s’efforçaient d’enrouler de leur mieux.


J’avais cru pouvoir enfermer la Liberté et conserver l’Instant dans je ne sais quel grand congélateur numérique. Vanité !

Nous cheminons sur l’arrête du présent : d’un côté l’abîme du passé disparu, de l’autre celui du futur inconnu. Faut pas rater la marche…


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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 22 Fév 2017, 09:59

Voilà encore un billet qui ne laisse pas de sourire.
Combien de fois n'avons nous pas enragé de n'avoir pas pu mettre en boite noire
un instant que nous n'étions pas sur de revoir de si tôt.
Merci J-P de nous faire partager ces moments.
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 22 Fév 2017, 10:02

Merci de nous rappeler avec tes mots que tout passe !! magnifique la prose, magnifiques les tags

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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 22 Fév 2017, 10:04

alamontagne a écrit:
Voilà encore un billet qui ne laisse pas de sourire.
Combien de fois n'avons nous pas enragé de n'avoir pas pu mettre en boite noire
un instant que nous n'étions pas sur de revoir de si tôt.
Merci J-P de nous faire partager ces moments.

Ça pour sûr il y a des regrets éternels ces instants qui ne reviendront plus !! Rolling Eyes Rolling Eyes

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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 22 Fév 2017, 20:40

Que les semaines passent vite!!!

Je viens de lire les 3derniers billets du jour.....
Toujours aussi excellents ...agréable moment de détente....  
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MessageSujet: Le billet du jour : 08 octobre 2013   Mer 01 Mar 2017, 13:30

Le billet du jour : 08 octobre 2013



Quarante jours

Les gourous, les coachs et tous les donneurs de bons conseils vous le diront : dans la vie, il faut avoir des objectifs.
Quarante jours, c’est le quota annuel que je me suis fixé pour me transporter sur mon lieu de travail par le seul recours de ma bicyclette, mes cuisses et mollets et ce qu’il leur faut d’huile de genou pour s’articuler ensemble.
Pourquoi quarante ? Parce que Fontenay-aux-Roses / Gare de Lyon / Fontenay-aux-Roses, en suivant les pistes cyclables, font vingt-cinq kilomètres, que quarante fois vingt-cinq font mille et que mille est un chiffre rond qui sonne bien.
Pour quelles motivations ? Officiellement, que les nobles raisons d’une quête d’exemplarité personnelle :
Écologique : la citoyenneté durable qu’on nous vante est la somme, nous dit-on, de petites actions individuelles – pourquoi ne pas mettre mon modeste pignon dans cette grande chaîne ?
Hygiénique : en tout petit ou en gros on nous écrit partout qu’il nous faut bouger ; tout le corps médical, du fond de son fauteuil professoral, nous exhorte à ne pas nous laisser ankyloser par la sédentarité.
Altruiste : quarante jours par an, je libère un peu d’espace aux autres sardines, mes sœurs, qui voyagent par le métro.
Plus officieusement et de vous à moi, j’aime bien ne pas faire comme tout le monde, j’ai toujours aimé faire du vélo et, la magie de cet équilibre gyroscopique émerveille encore mon esprit.

Mais je me trompe, à mon âge il n’est plus question de « vélo ». Le vélo est latin. Les Français y associent « Tour de France », les Italiens « Giro » ; on est dans l’exploit, le dépassement, même les vététéistes en ressortent exsangues et tout crottés.
Moi, je fais de la bicyclette. Celle-là possède la mesure des anglo-saxons et la modestie des nordiques. Dans mon archétype imaginaire, faire de la bicyclette ce serait tenir l’allure ample, presque noble, campé sur l’une de ces hautes machines « Batavius », la tête haute et pleine de toute la philosophie vélocipédique danoise.
Dans la pratique, je compose. Je circule en V.T.C. « Gitane » et, même si d’année en année je rehausse la position de mon guidon, je me suis autorisé des aménagements personnels pour adoucir les préceptes vikings : je refuse de rouler sous la pluie !

C’est pour cette raison que cette année, j’ai longtemps cru que je ne tiendrai pas mes objectifs. Comme disent les chroniqueurs sportifs, j’ai eu un début de saison calamiteux, à l’image de la météo. Mais le mois d’août a été merveilleux et j’ai pu savourer tous ces petits rendez-vous rituels qui jalonnent mon parcours.
Place de Catalogne, c’est le coup d’œil au loin vers la silhouette de la Tour Eiffel, dressée au fond de la perspective du Boulevard Pasteur.
8h05, arrêté au feu rouge du carrefour des boulevards Montparnasse et Raspail, je regarde le garçon de café, en gilet et tablier long, installer les chaises cannées à la terrasse du Dôme.
Puis ce sont les grands tours de pédales sans effort, juste pour garder le rythme et accompagner la longue glissade dans la pente du boulevard du Port-Royal que le soleil prend en enfilade.
Presque arrivé, c’est le salut à la Seine depuis le pont d’Austerlitz, un vaste regard panoramique de Notre-Dame aux cheminées d’Ivry.

Les allers sont toujours des promenades faciles : il fait frais, on est reposé, ça descend. Les retours sont plus physiques : il fait chaud, on est moins frais, ça monte. Mais ce sont d’autres plaisirs.
Ce sont les terrasses bondées, avec un air de fête au village, autour de cet arc de cercle que fait la rue Delambre quand elle débouche sur le boulevard Edgard Quinet. C’est le courant d’air rafraîchissant au pied de la Tour Montparnasse.
Je fais une halte à la boulangerie du Moulin de la Vierge, pour acheter la baguette du soir dans une boutique d’un autre siècle. Défilent ensuite les aires de jeux grouillantes de cris d’enfants, le long de la rue Vercingétorix.
Dès qu’on franchit le périphérique, on a la sensation d’échapper à la touffeur de la ville et le dos humide de transpiration se régale de ce qui ressemble, pendant quelques instants, à une fraîche douceur. Et puis, presqu’au terme, j’aborde la dernière descente, une plongée dans les lacets serrés de la coulée verte avec le vacarme des ponceaux de bois sous le passage des roues.

Yes ! Un de plus ! Un qui s’ajoute patiemment à la suite des autres, au long de la saison et au gré des météos.

Ce soir, j’ai bouclé le quarantième et pour la troisième année consécutive, j’ai tenu l’objectif. En raccrochant mon vélo à son clou, je me suis dit qu’il était sans doute temps. On annonce un retour des pluies et un coup de froid pour la fin de la semaine. La nuit va à nouveau manger le jour, s’en est fini pour cette année, maintenant ce sera « roue libre » pour la bicyclette.

Quant à moi, je vais rentrer dans le rang.
Au bord du quai.
Avec les autres.

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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 01 Mar 2017, 14:16

Merci pour cette promenade parisienne, car moi, qui le suis (parisien) je t'ai suivi dans les méandres de ces rues que je connais bien.
Merci aussi de nous conté tes expériences vélocipédiques.
Encore un billet qui me faudra conserver car il en dit tant sur la vie.


Dernière édition par alamontagne le Mer 01 Mar 2017, 21:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 01 Mar 2017, 21:01

 pour ces 40jours pendant lesquels tu as pu découvrir des choses citées que tu n'aurais pas connues avec le métro.
La bicyclette se développe de plus en plus en ville ...je trouve que c'est une bonne chose.
Merci pour ce billet du jour ...détente assurée en le lisant....
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 01 Mar 2017, 23:46

Merci pour votre fidélité à mes chroniques.
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MessageSujet: Le billet du jour : 15 décembre 2013   Mer 08 Mar 2017, 09:16

Le billet du jour : 15 décembre 2013



Do minou garo.

Quatre pattes ont dû luire
Brefs éclats de lumière
Dans ton œil électrique, choc, choc
O voiture de pierre

Quatre roues dans la nuit
Ont croisé ton chemin
Et trop tôt avant l’heure, choc, choc
Ont scellé ton destin

Domino c’est un doux
Et tout le monde l’aime
Mais la ville en courroux
N’a pas pensé de même

O voiture de pierre
Pour atteindre nos cœurs
Tu as su la manière, choc, choc
D’un coup quelle stupeur

Quatre roues pour frémir
Et voilà que tu roules
Que tu boites et te traînes, choc, choc
Et vas te mettre en boule

Tout au fond des jardins
Dans les froids de décembre
Tu reprends ton instinct, mia, mia
Te cachant sans comprendre

La chaleur du veto
L’antibio, la perfus
Ne guériront tes maux, hé-las
Ton poumon n’en peut plus

Enfants on s’endormait
Le nez dans ta fourrure
En pensant que demain, tic, tac
Durerait à jamais

Tu as rejoins les tiens
Au paradis d’amours
De siestes et de câlins, ron, ron
De pattes de velours

Des milliers de caresses
Six ans de liberté
Et des heures de paresse, liesse, liesse
Tu as bien profité

La maison est bien vide
Sans ton ombre impavide
Car oui sans y paraître, tiens, tiens
C’était toi notre maître

Grâce à ton souvenir
Embusqué au jardin
Ou tapi dans un coin, si, si
On voit toujours courir
Quatre pattes pour rire.


Domino, crème des chats, tu méritais bien ce petit exercice.


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Gy-Maud
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 08 Mar 2017, 09:27

Merci pour ces mots tendresses dont le rythme me souffle un nom : Nougaro

Cela va ranimer un souvenir douloureux à Perle

_________________
 
puisque ça ne ressemble à rien, ça ressemble à tout (Dan)
vos bonjours du matin sont mes sourires du jour (Maud)
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alamontagne
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 08 Mar 2017, 11:55

En lisant ces mots des souvenirs sont remontés dans ma tête et des larmes me sont venu.
Qu'est ce qu'il nous manque nos petits amis à quatre pattes.

Comme GY je verrai bien ces mots mis en chanson.

Merci J-Pierre.


Dernière édition par alamontagne le Mer 08 Mar 2017, 14:17, édité 1 fois
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Perle

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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 08 Mar 2017, 14:00

Jean-Pierre

Beau poême pour ce magnifique Domino qui vous a laissé un grand vide.
Tu me donnes le bourdon en te lisant.... mon Viktor ayant subi le même sort à deux ans.

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MessageSujet: Le billet du jour : 10 janvier 2014   Mer 15 Mar 2017, 09:12

Le billet du jour : 10 janvier 2014



Escapade en terre bien connue.

Au début, c’est un jour comme un autre, plutôt en fin de semaine, un jeudi ou un vendredi, comme cette fois. Pourtant, ce jour-là, tout commence plus tôt que d’ordinaire.
On n’a pas reconnu les voix quand le radio-réveil s’est mis en marche. On a tout fait plus vite que d’habitude, un œil sur la pendule. On a grignoté sans appétit, ‘pour ne pas partir le ventre vide’. On a attrapé les sacs qui attendaient depuis la veille au soir et on a fermé la maison en y laissant nos habitudes.
Oh ! C’est un départ sans aventure ! Tout est déjà arrangé : les billets de train, les horaires des correspondances et même la liste de ce qu’on va faire. Tout de même, il y a du plaisir et un brin de jubilation à laisser la vie ordinaire continuer son chemin et à en attraper une autre, le temps d’une parenthèse.

Le frisson dans le cou, c’était seulement à cause de la fraîcheur particulière du tout-petit matin. Dans l’obscurité et jusqu’à la gare de Fontenay, on a déchiré la quiétude des maisons endormies avec le fracas de nos bagages à roulettes. Dans le RER, on s’est senti différents. C’était toujours la lumière jaune, les mêmes grincements, presque le même trajet, mais notre tenue de campagne et notre barda semblaient nous avoir élevés, au-dessus des usagers, au rang de voyageurs en simple transit temporaire en ces lieux.

Même quand les villes sommeillent encore, les gares sont déjà bien éveillées. Elles sont comme des entonnoirs où viennent se côtoyer, pour un temps, toutes les trajectoires d’une foule en migration. Chaque trajet est une vie, une histoire, des raisons, une envie. Sans le TGV, notre escapade n’en serait pas une. C’est grâce à lui que la soudaineté du passage peut donner à l’échappée toute sa saveur.

Quand il s’arrache imperceptiblement au quai de la gare de Lyon, ce n’est pas le train qui part, c’est ici qui s’en va. On n’a plus alors qu’à se réfugier dans la fuite du voyage : un cocon bien tranquille lancé à 300 km/h.
Au travers des vitres, c’est toute une ruralité de prés, de bois, de chemins, de talus qui surgit à l’improviste pour aussitôt s’enfuir vers l’horizon et l’oubli. On n’y prête à peine attention. On se love dans son fauteuil, on termine sa nuit, on s’occupe l’esprit de quelques pages d’un livre, on se réjouit les oreilles d’un peu de musique et déjà, c’est l’autre monde qui est là.

Voici Montpellier où il faut chercher très vite, le nez en l’air, sur quelle voie va arriver bientôt la correspondance. Dans le TER, cette fois, ça y est, on fait partie d’une autre transhumance dont on perçoit déjà que le quotidien est différent. Gare de Sète, la douceur de l’air marin se rappelle à notre visage. Le bus jaune n°10 nous emmène déjà ; à peine le temps d’apercevoir les ferrailles rouillées des deux gros ponts à bascules jetés sur le canal. L’étang de Thau s’étale, immense et lumineux sur la gauche et c’est un flot d’autres souvenirs qui inonde nos pensées.

On quitte la nationale et nous voilà de retour dans un autre labyrinthe familier, celui des rues de Balaruc.
Maintenant, au bout de nos pas, se dessinent les blocs roses des Ondines, un regard vers les reflets sur l’étang au bout de l’allée, et la clé tourne dans la serrure. La grande aiguille de la pendule du séjour, tout occupée à franchir 11h30, reste une seconde interloquée de se sentir regardée.

Ça y est, sous sommes dans un autre ‘chez nous’. Nous nous glissons dans une autre vie, toute différente…  jusqu’à dimanche.


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