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 Les billets du jour d'icarrouseljp

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Gy-Maud
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 28 Déc 2016, 12:00

Merci ! bravo ! Une parenthèse, jolie par l'écriture, triste par l'histoire
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MessageSujet: 19 novembre 2012 : La chronique et le tunnel.   Mer 04 Jan 2017, 09:37

Le billet du jour : 19 novembre 2012


La chronique et le tunnel.

Le titre de ma fable d’aujourd’hui est assez obscur, j’en conviens. Voici de quoi l’éclairer.

Depuis longtemps j’apprécie Philippe Meyer qui porte haut et fort le métier de chroniqueur radiophonique. Je goûte particulièrement à son écoute, la qualité du propos, la richesse des registres, la fluidité de l’élocution et la modulation du ton. Ceci est un éloge ; je l’avoue. Peut-être mon admiration est-elle un peu gâchée d’un brin de jalousie envers l’aisance dont il fait preuve à accorder le tout pour le mettre au service de ses sujets quotidiens. Des sujets parfois légers, parfois graves mais, qu’avec constance, il traite d’un humour fin, prenant régulièrement un malin plaisir à nous éclairer comme vessie, ce que l’actualité nous désigne sous le vocable de lanterne. Faut-il ajouter encore qu’il réussit tout cela dans le respect scrupuleux d’un français irréprochablement académique qu’il a le don de rendre réjouissant.

J’étais déjà « accro » à ces petites bulles de bonne humeur matinales au temps où il sévissait sur France Inter, prenant congés immuablement par cette formule lapidaire : « Nous vivons une époque moderne. ». Je dirais, de manière floue, que c’était il y a une bonne dizaine d’années. Par contre, je me souviens très précisément que c’était à l’heure des tartines de mon petit déjeuner car j’arrêtais souvent ma mastication pour ne pas en perdre une miette – de la chronique.

Puis, changeant d’emploi, je changeai d’horaires ; lui changea de radio ; en bref, je le perdis d’ouïe.

Il y a 2 ans environ je le retrouvai par hasard. Transhumant matin et soir par les chemins ferrés du Réseau Express Régional, mes oreilles appareillées le découvrirent un jour, hébergé par « Les Matinales » de France Culture. Pour lui une chronique de 7h57 à 8h00, pour moi un trajet d’approche de la capitale de 7h46 à 8h04, il n’en fallait pas plus pour que la concomitance reconduise à l’habitude et que de l’habitude renaisse l’addiction.

D’accord. Mais, « Et le tunnel ? » me direz vous.

Le tunnel guette la rame entre Gentilly et Cité Universitaire et tous les jours la rame me précipite dans son trou noir. Adieu radio, adieu chronique : 50 secondes de black-out.
Vous conviendrez que pour un discours de trois minutes une pareille amputation peut être fatale.
Mais justement, de fatalité il n’y en a point car autant la radio d’Etat sait respecter ses échéances, autant l’avancée des trains semble sensible à l’effet papillon. Qu’un voyageur soudain défaille, là-haut, dans le septentrion de la plaine d’Aulnay ou bien qu’un transformateur, d’un coup, s’échauffe dans les vallées australes de Chevreuse et c’est toute la ligne B qui cahote et qui crachote, mettant à mal toute la belle mathématique des horaires à deux chiffres après la virgule.

Ainsi, un jeu de hasard commence quotidiennement pour moi à Bourg-la-Reine. A cette étape j’en ai fini de mes démêlés avec la câblerie de mes prothèses et mes oreilles, dûment bouchonnées, se préparent à accueillir dignement la bonne parole. Si la chronique commence à Bagneux, tout va bien ; même en filant au plus vite le conducteur ne pourra matériellement pas se jeter dans l’obscurité avant que n’ait été prononcé le rituel « Le ciel vous tienne en joie. » qui clôt maintenant l’allocution.
Si l’on est déjà au quai de Laplace quand Philippe Meyer prend la parole, il est à parier que toute la fin manquera et que le journal de 8h en sera déjà à ses annonces en débouchant à Cité Universitaire…à moins…. à moins qu’une porte récalcitrante se refuse à la fermeture et retienne assez longtemps la rame à l’air libre. D’expérience, tous les possibles peuvent survenir, tout pronostic est voué à l’échec.

J’assiste à cette loterie sans agacement, sans frustration ni satisfaction déplacée, avec la sérénité de la bille d’acier qui zigzague sous la vitre du flipper. D’où me vient une pareille sagesse, demanderez-vous admiratifs ?
De deux raisons.
La première est que je ne saurais tenir grief à ce tunnel d’exister car il préserve par sa voûte la tranquillité de ce lieu si charmant qu’est le parc Montsouris, ses joggers, ses poussettes et ses enfants qui courent au soleil autour des bassins.
La deuxième est que l’homme a inventé le podcast et que Philippe Meyer a fini par avoir raison : nous vivons une époque moderne.


Post Scriptum :
Voici le lien où l'on peut encore se régaler des anciennes chroniques de Philippe Meyer :
Chroniques de Ph. Meyer sur France Culture
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 04 Jan 2017, 11:47

Encore une fois tu nous régales d'une belle chronique.
Surtout que connaissant ce trajet il me laisse voir les images que tu as perçue.
Merci et j'ai hâte de lire la prochaine.
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Perle

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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 04 Jan 2017, 19:19

Je viens de lire les billets du jour du 11Octobre et 19Novembre avec beaucoup de plaisir.
Merci beaucoup pour ce moment de détente .
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Gy-Maud
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Jeu 05 Jan 2017, 09:29

Comment cela a pu m'échapper !! Ah Philippe Meyer le ciel lui a offert deux dons magnifiques la plume et la voix !! J'ai adooooooooooooooooooooooooré l'écouter ..
tout comme lire ton billet d'humeur un vrai régal !!! Merci pour le lien !!!

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MessageSujet: 11 décembre 2012 : Premier de cordée.   Mer 11 Jan 2017, 09:44

Le billet du jour : 11 décembre 2012


Premier de cordée.

Après le repas au « restaurant d’entreprise », comme disent ceux qui n’ont jamais connu le bonheur des cantines, il m’arrive souvent de sortir faire le tour du quartier. Juste histoire de m’aérer les poumons, les méninges, et de voir le ciel autrement que par vitre interposée. Ma boucle de promenade me ramène évidemment au 185 de la rue de Bercy.
Au 187, l’alignement des tours de bureaux s’interrompt sur un bâtiment bas, d’un étage, surmonté de deux cheminées orgueilleuses de 85m de hauteur : c’est ici l’une des chaufferies de la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain. Comme j’appartiens moi-même à cette honorable coterie, c’est tout naturellement que mon regard s’élève alors pour suivre ces deux flèches et m’enquérir, de visu, de quel genre de panache la clémence ou la rigueur du jour a bien voulu en garnir le chef : ma prime en dépend.
Aujourd’hui, je suis resté le nez en l’air et ma main s’est accrochée à la rampe de l’escalier que je gravissais à cet instant.
A mi-hauteur du plus proche de ces deux gigantesques tubes se tenait un ouvrier, debout sur une minuscule plate forme. Au jugé j’évaluais la surface à un demi-mètre carré. Ce plancher n’était lui-même que l’étape terminale et provisoire d’une échelle verticale, étroite à faire frémir et qui montait du pied, accrochée à la paroi.
D’évidence cette échelle n’existait pas les jours précédents et c’était cette silhouette qui en était l’auteur, cette minuscule tache jaune fluo coiffée d’un casque blanc. C’était lui, le premier de cordée de cette ascension industrielle qui, seul en tête et marteau en main, plantait ses spits dans le béton vierge de la cheminée. C’était lui, l’homme, qui fixait ensuite sur ces pitons les éléments d’échelles que d’autres mains invisibles lui faisaient monter au fur et à mesure par la corde de service. C’était toujours lui qui, au prix de je ne sais quelle acrobatie, devait remonter de quelques barreaux le plancher dérisoire sur lequel il prenait ensuite pied. Un peu plus haut, un peu plus seul face à son ouvrage et aux 85m de sa verticalité.
Malgré toutes les longes, tous les harnais, tous les stop-chutes que tous les Comités d’Hygiène et Sécurité du monde peuvent imaginer dans leur réunions ennuyeuses, quelle genre de trempe faut-il pour tenir debout, sans garde corps, avec 40m de vide à gauche, à droite, derrière et, collée devant soi, la surface arrondie d’un béton bien lissé qui monte toute droite, sans le moindre fruit pour en apaiser le gouffre ; tout cela dans l’air glacé d’un jour de décembre.

          

Loin sous ses pieds la rue vivait, indifférente. Il n’y avait pas de médias pour couvrir l’événement, pas de sponsors pour s’afficher, personne pour twitter ni faire le buzz. La société ne se met pas en frais pour une journée de travail ordinaire.

Parmi vous, peuple des bureaucrates, légions d’hommes-troncs rivés à vos écrans, travailleurs du chapeau qui laissez vos muscles au repos, j’en appelle à tous les grincheux, les pisse-froid et les ronchons. Vous tous, si prompts à vous poser en victime autour de la machine à café, à honnir à voix basse vos chefs incompétents, à déplorer l’urgence inacceptable, à déballer, jusque sur la table familiale, le stress de vos boîtes mails : pensez à l’homme perché sur ses quatre planches au flanc de la cheminée de la rue de Bercy. D’un coup, vous irez beaucoup mieux.
Quant à vous, politiciens de tous bords, qu’on n’élit plus que pour se donner bonne conscience de citoyenneté, levez donc les fesses de vos fauteuils de sénateurs, montez vous tétaniser les mollets et geler vos augustes miches sous la bise de l’hiver. Grimpez donc à l’échelle pour voir si de là haut aussi, tous les travailleurs sont égaux devant l’âge du départ à la retraite.

L’indigné d’un jour.
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 11 Jan 2017, 10:01

Quel pan-flet; merci pour ce billet du jour Monsieur l'Indigné et il y a de quoi quand on entend ces messieurs
voulant être Vizir à la place du Vizir et qui ne sont pas fichu de donner le prix du pain( entre autres).
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 11 Jan 2017, 22:15

Jean-Pierre pour ce billet du jour...avec photos impressionnantes surtout la 1.
Bonnes réflexions et j'approuve ton indignation.
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MessageSujet: 21 janvier 2013 : l'analyse économique de Monsieur Candide.   Mer 18 Jan 2017, 09:15

Le billet du jour : lundi 21 janvier 2013


L’analyse économique de Monsieur Candide.

Un ami qui m’est cher et qui depuis de nombreuses années essaie de m’inculquer les bases d’une gestion avisée de mon patrimoine fiduciaire, m’a prêté un livre à lire : « Pourquoi la France va faire faillite » de Simone WAPLER. Il s’agit d’un de ces livres dont les éclosions sont proportionnelles à l’incertitude des esprits. Voici tout d’abord de quoi le résumer sobrement.
En premier, l’ouvrage démonte, à grands renforts de chiffres irréfutables, tous les arguments lénifiants que les gouvernements successifs nous resservent sur la sortie prochaine du tunnel et explique qu’il y a trop longtemps que nous vivons au dessus de nos moyens et que ça ne peut plus durer. Dans un deuxième temps, il nous prodigue les bonnes pratiques financières à engager dès maintenant pour nous protéger, au mieux, du choc incontournable de la faillite prochaine, de ses dégâts collatéraux et pour nous placer « à la corde » dans la compétition qui ne manquera pas de faire rage à nouveau dans la future économie post-apocalyptique renaissante.
Devant l’insistance de mon ami à vouloir connaître mon avis sur ce livre - moi qui n’ai jamais rien compris à l’économie ni à la finance – je me suis fendu d’un petit mot d’accompagnement que j’ai glissé dans le colis du précieux ouvrage avant de le lui renvoyer à l’occasion de la nouvelle année.
Je divulgue, ci-dessous et sans scrupules, cette réponse privée à la face du book.

« Cher ami,
Tu voulais savoir ce que je pensais de ce livre ? Alors voilà.
L’été dernier, que je me promenais dans les garrigues entre Montpellier et les Cévennes, j’ai vu les traces de ces milliers de kilomètres de murets de pierres sèches que des générations d’hommes ont élevés courageusement pour niveler la pente en terrasses. Tant de mains déchirées, tant de sueurs à s’éreinter pour vivre chichement de la vigne, de quelques oliviers et d’un mauvais seigle clairsemé.
Aujourd’hui, il semble que pour être riche, il suffise à certains de rester assis dans un bureau chauffé à pianoter sur un clavier et à agacer de l’index l’échine du mulot électronique.
Un constat s’impose : durant le dernier siècle, le cours de l’effort physique nécessaire pour vivre agréablement s’est effondré. Devant cette dévaluation spectaculaire, trois hypothèses viennent à mon esprit obtus :

1) L’homme est un animal surdoué qui finira génie.
Dans ce cas, le livre est inutile, autant que de se poser des questions sur l’avenir puisque l’imagination géniale de l’homme le sauvera forcément de toutes les situations.

2) L’homme, à force de se regarder le nombril, est devenu aveugle au gouffre vers lequel il court.
Dans ce cas, le livre est très en dessous de la réalité : la chute sera globale et, conformément aux lois de la gravitation, plus on tombera de haut, plus on se fera mal.

3) L’homme est un animal doué mais il n’a pas encore acquis l’élégance d’être modeste.
Dans ce cas, le livre est plausible mais, à la manière dont les derniers chapitres décrivent un certain recommencement, j’ai des doutes sur la valeur pédagogique de ce énième avatar.

Ne compte plus sur moi pour te donner un pronostic entre ces trois hypothèses : hier, malencontreusement, j’ai laissé tomber ma boule de cristal !
Je préfère te souhaiter la meilleure santé possible pour 2013, c’est sans doute le dernier capital dont on est sûr qu’il nous restera précieux. »


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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 18 Jan 2017, 11:55

Super la réponse à ton ami.
Quand je pense qu'il y en a qui gagne leur vie en nous pourrissant la notre par leurs écris.
J'en ai lu de bien plus alarment et je me demande où ils vont chercher tous çà.
Le français est suffisamment pessimiste comme ça sans que certain en rajoutent.
Merci pour ce nouveau billet.
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Gy-Maud
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Jeu 19 Jan 2017, 05:35

Quelle belle analyse que voilà !! Un vrai bonheur tes billets d'humeur !! merci Jean Pierre !

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MessageSujet: 11 février 2013 : Marre de l'hiver   Mer 25 Jan 2017, 08:42

Le billet du jour : 11 février 2013


Marre de l'hiver

Quand j'entends le mot ‘Chandeleur’, je revois toujours un livre d'école. Dans l'enseignement laïc et républicain de ma vieille école communale, on m'a livré cet événement comme le moment magique où l'alouette descend réchauffer la terre engourdie en lui apportant un morceau de feu dérobé au soleil. Et le manuel de cette époque illustrait cela par un beau dessin d'oiseau piquant vers la campagne enneigée en tenant dans son bec une boule de feu.
Si cette image est restée aussi bien gravée dans ma mémoire, c'est sans doute que mon cerveau d'enfant, incapable de toute abstraction, ne se préoccupait alors que de savoir comment l'oiseau s'y prenait pour ne pas se brûler et se terrifiait à l'idée que la pauvre bête puisse terminer sa course, déjà toute rôtie, dans l'assiette de quelque humanité transie.
J'aurais dû me méfier: ce handicap mental ne pouvait me mener qu'à l'intellect primaire dont je fais preuve aujourd'hui.
Mais pourquoi vous assommer avec ces souvenirs?
Primo, parce que même si elle est passée, la Chandeleur n'est pas tant révolue que votre palais ne soit encore hanté par le souvenir des crêpes.
Deusio, parce qu'aujourd'hui, j'ai ressenti par deux fois dans mon corps la lassitude de l'hiver et, en conséquence, une forte envie d'alouette.
La première fois fût à midi.
Une défaillance momentanée de compagnons de table pour cause de réunionite, la mélancolie ambiante du lundi et une incroyable matinée exempte de pluies me poussèrent dehors. Je me retrouvais assis sur un banc à mastiquer sombrement un sandwich, captivé par les eaux de la Seine, gonflées d’ocre, qui courraient affleurant l’arrête du quai et réussissant même par endroit à s’épancher en rides mesurées sur le carreau des pavés. Le temps d'une lucarne ouverte dans les nuages et le soleil tomba sur moi. Quelques secondes seulement je sentis sa radiation bienfaisante traverser ma parka et réjouir ma peau. Par réflexe je fermais les yeux, surpris que cette chaleur me donne tant de bonheur; j'avais oublié combien c'était bon.
J'ai toujours pensé que, depuis qu'il est parti à la conquête de la planète, l'homme reste hanté par une quête atavique: retrouver sur son épiderme la chaleur tropicale de ses origines.
La deuxième fois fût le soir.
En regagnant ma station de métro, mon œil s'est attendri de voir que la lumière ne venait plus des candélabres mais du ciel rose parme qui rayonnait, au sud, par la trouée de la rue Villot. Caché par la ville je ne voyais pas le soleil, mais la mosaïque des vitres enflammant de leurs reflets les façades sombres m’a suffi, d’un coup, pour trouver plus supportable la bise qui glaçait mon visage. L’espoir était de retour.

A ces deux signes j’ai compris que mon corps en avait tout son soûl : des frimas, des pénombres humides, des douches glacées, des bourrasques cinglantes des horizons mangés par les brumes... Insidieusement, jour après jour la coupe s’est remplie. Assez !

Encore heureux que j'ai vu le jour par 49° de latitude Nord, si j'étais né au Groenland je serais devenu un esquimau neurasthénique.

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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 25 Jan 2017, 09:26

Quelle belle prose et comme toi j'en ai raz le chapeau de cet hiver sombre.
Tu as vraiment un dont de conteur.
Merci pour ce petit bonheur hebdomadaire.
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Gy-Maud
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 25 Jan 2017, 10:40

Merci Jean Pierre......... ah ça voilà des mots qui effacent les maux ! Sauf que les esquimaux bénéficient de 6 mois d'un soleil permanent
Un rêve qui m'habite depuis très très longtemps : voir le soleil de minuit !!!!!!!!! Rolling Eyes


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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 25 Jan 2017, 15:13

Toujours autant de plaisir à lire ces deux derniers bulletins du jour.!!!
Merci J-Pierre ....
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Mer 25 Jan 2017, 17:10

Merci de votre passage et à la semaine prochaine.... si vous le voulez bien!
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Jeu 26 Jan 2017, 09:32

Bonjour Jean-Pierre
Tu joues les Lucien Jeunesse avec ton '"si vous le voulez bien". J'aimais aussi beaucoup Geneviève Tabouis avec son "Attendez vous à savoir ... et vous saurez"...
Bien sûr qu'on le veut, et on s'attend à savoir...
Quand un jour tu m'as demandé si je voyais un inconvénient à ce que tu puisses déposer de temps à autre tes brèves, et où tu pourrais le faire.
Je suis loin de regretter de t'avoir dit que c'était tout a fait possible, et que tu pouvais déposer dans "la Plume", autant que tu le désires.
C'est chouette, ne te prive surtout pas, et ne nous prive pas, car c'est un réel plaisir de te lire. Et ceux qui ne le font pas, y perdent énormément.
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MessageSujet: Le billet du jour : 27 mars 2013   Ven 03 Fév 2017, 14:29


Le billet du jour : 27 mars 2013




Librairies en péril.

Il y a quelques temps, pour des raisons que je n’évoquerai pas ici, j’étais à la recherche de textes d’auteurs, de nationalité Etats-z-Unienne, évoquant les atmosphères et les sujets chers au peintre Edward Hopper. Je confesse qu’en matière de littérature américaine ma culture s’apparente plus à la sécheresse des déserts de l’Arizona qu’aux vastes plaines fertiles de l’Illinois. En vertu du principe qu’il en vaut mieux un qui sait que dix qui cherchent, je sollicitai la documentaliste de ma médiathèque municipale préférée. Cette accorte personne sembla ravie qu’on utilise ses compétences pour autre chose que de flasher à la douchette les allers et retours des volumes vagabonds - fussent-ils précieux. Elle m’adressa par mail, deux jours plus tard, le fruit de ses recherches sous la forme d’une série de liens, fort pertinents à suivre pour ne pas se perdre dans la forêt touffue du web.
Je me souviens de mes voyages d’enfance dans le dictionnaire : indécis, curieux mais sans but, rebondissant d’un mot à l’autre au gré des renvois ou des illustrations, zigzagant dans l’alphabet. Je ne suis pas meilleur avec Internet ; ou bien je me laisse entraîner dans un zapping incontrôlable ou bien mon regard glisse sans la voir sur l’information cruciale qui m’aurait comblé. A mon explorateur il manque toujours une boussole.
Cette fois, grâce aux judicieuses balises de mon interlocutrice, ma navigation, de bord en bord, m’amena assez rapidement vers un havre qui semblait fait pour moi. Et, comme souvent sur le Net, après avoir sauté de liane en liane au travers la jungle des pages je tombais en Amazon, prêt à commander le précieux livre dans lequel je trouverai mon bonheur.
Mon enthousiasme pour les nouvelles technologies s’arrêta ici et retomba comme un soufflet. Le mauvais génie du Cloud s’aperçut à cet instant que, depuis ma machine, un utilisateur précédent s’était déjà créé un compte en Amazon et le malin m’en réclamait le sésame: ma mémoire percée n’en gardait évidemment aucun souvenir. La lassitude et l’heure tardive me décidèrent à fermer toutes les fenêtres, tirer les volets et plonger dans le noir la machine rétive et son âme damnée.
La nuit porte conseil dit-on.
Le lendemain, ruminant ma défaite, je me morigénais d’un coup d’avoir failli céder aux sirènes de l’économie numérique.
Quoi ! Toi qui chéris ces petites librairies à la lumière jaune avec leur odeur de papier sec, leurs étagères croulantes et leur capharnaüm d’antan. Toi qui serais triste comme une pierre si leurs refuges disparaissaient du peuple des boutiques ! Tu étais prêt à donner tes deniers à ces prédateurs à forte denture qui se font héberger par les Îles Caïman ! Ah traître ! Qu’allais-tu donc faire ?
Le soir même, gonflé à bloc, je poussai sans hésitation la porte de la librairie « Page 1 » qui fait face à la gare de Robinson.
Tout y était : la lumière parcimonieuse tombant des abat-jour, les murs de reliures étagées du sol au plafond, le dédale des boyaux se frayant un chemin entre les amoncellements de bouquins empilés sur les bacs, les cascades de brochures en équilibre sur les lutrins. Un vertige d’idées, d’histoires, d’émotions, de sentiments, de théories, emprisonnés en milliards de petits signes noirs sur papier blanc et qui n’attendent qu’un lecteur pour vivre à nouveau.
Derrière les piles je cherchais des yeux le libraire, forcément un homme d’âge mur, le cheveu rare, les yeux usés par la lecture, secourus sans doute par des lunettes demi-lune en équilibre sur le bout de son nez, un nez insensible, depuis tant d’années, à l’odeur du clan qui imprègne son gilet de flanelle….C’était une jeune femme. Bon, surtout pas de préjugés sexistes ; avenant, je m’avançai et mis toutes les chances de mon côté en détaillant ma requête:
1) Le titre : Relire Hopper
2) La description : Un recueil de nouvelles de romanciers américains, sélectionnées et présentées par Alain Cueff.
3) L’éditeur : la R.N.M., la Réunion des Musées Nationaux, publié à l’occasion de la récente exposition au Grand Palais.
« Ça me dit quelque chose » me répondit la libraire.
J’en étais sûr ! Je m’attendais à la voir suivre un mystérieux fil d’Ariane au milieu du labyrinthe, aller se planter au pied d’une des parois de livres, laisser son doigt courir le long des dos, rangés serrés sur les étagères, puis s’arrêter net…
Au lieu de ça, elle s’affaissa derrière le comptoir.
Tap a tap a tap, clic, clic, clic. Je devinais la lumière d’un écran se refléter sur son visage immobile ; seules les pupilles bougeaient dans leurs orbites.
« Oui, c’est bien ça….mais j’en n’ai plus …..évidemment, je pourrais le commander…. »
Je pourrais ??? Ah ce conditionnel ravageur, si chargé de renoncements !
« Après, ça dépend des rééditions… trois mois… six mois… on peut pas savoir… »

Schplonk! La porte vitrée se referma lourdement sur mes talons pendant que le froid du trottoir me montait dans les mollets.

Évidemment, Amazon a triomphé. Deux jours après, le livre était dans ma boîte à lettre, acheminé aux bons soins de Colissimo. En plus, j’avais acheté un autre ouvrage de reproduction des peintures de l’artiste : « pour rentabiliser les frais de port ».

Pauvres libraires ! J’ai peur que les alligators aient déjà tout bouffé !



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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Ven 03 Fév 2017, 17:01

 Jean-Pierre.
Trés intéressant le billet du jour.
Hélas déjà en 2013 tu soulignais bien cette perte progressive de ces petites librairies.
Nous en avons une à Soulac "la librairie de Corinne" que Gy connait.
Quand j'y rentre je ne sais plus en sortir.....il n'y a que des trésors à l'intérieur.
Encore
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alamontagne
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Ven 03 Fév 2017, 17:01

Une fois de plus je me suis régalé à la lecture de ton billet et t'en remercie.
Tu nous décris avec un petit accent d'humour ce qui va causer la disparition des magasins de nos villes.

Amis ne nous laissons pas faire, c'est la VIE qui en dépend.
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Gy-Maud
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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    Sam 04 Fév 2017, 07:43

Comme tu sais bien raviver les souvenirs avec une prose délicieuse au goût d'antan ! Ah les mots du dictionnaire, araignée qui tisse sa toile et qui ne vous lâche qu'au son de la voix autoritaire maternelle qui vous rappelle aux devoirs scolaires à terminer avant d'accomplir ceux plus terre à terre de mettre la table.
Oui la librairie de Soulac : vous ne pouvez pas la louper ! Sa façade aux poutres peintes de bleu : une invite à respirer l'odeur des livres neufs à écouter les mots feutrés ... et les bibliothèques quel roman !
Merci Jean Pierre un bonheur à lire ce coin de graphomage.


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MessageSujet: Re: Les billets du jour d'icarrouseljp    

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